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![]() Suite à un quiproquo avec les titres des poèmes, nous n'avons malheureusement pas reçu les deux poèmes d'azuki slytherin ce mois-ci. Néanmoins, en compensation, elle nous a généreusement présenté le texte ci-dessous... Les vallées du Nil, par azuki slytherin
Les vallées du Nil | azuki slytherin L’air est chaud et porte en son sein une odeur embaumante qui se coule autour de vous pour ne plus vous lâcher. Il y a un parfum capiteux présent ici et ailleurs, provenant de nulle part et de partout à la fois. L’atmosphère est oppressante mais il n’y a rien de malsain, juste une sensation étrange de douceur. Cette même plénitude que laissent ces débuts de soirée. Il y a un je-ne-sais-quoi qui vous enlace pour ne vous laisser dans le cœur qu’une agréable sensation de calme et de bien être. De temps à autre, on peut sentir, faible et fugace, une brise légère qui se glisse doucement dans les espaces libres, interstices entre les vêtements. A cette heure, le ciel arbore encore cette chaude couleur orangé où l’or semble se fondre dans le rouge. Si par le plus pur des hasards, nos yeux se perdent dans cet océan à la couleur fusion, cette palette de pigments chatoyants nous laisse rêveur, un peu seul sur la rive de notre cœur. La réponse à toutes ces questions, qui à nos heures perdues meurtrissent et blessent le plus profond de notre âme se nourrissant de l’incertitude et du doute qui naissent, ne se trouve que dans les recoins dissimulés de cette horizon par la blancheur bleuté des nuages. On pourrait, sans s’en rendre compte tout perdre, jusqu’à soi-même dans le reflet miroitant d’un de ses rayons de soleil qui habillent l’infini. Le plus étonnant reste cette senteur aux accents épicés qui semblent ne jamais se faner et toujours trouver sa place dans ce monde aux parures dorés de la journée qui s’éteint, de ce début de nuit. Nos chaussures claquent en rythme sur les pavés comme poussées par ces effluves douces amères à nous mener encore plus loin dans la nuit, encore plus loin pour que jamais la magie de cet orient ne finisse. Malgré l’obscurité qui commence à supplanté la clarté de ces heures premières, la rue ne désemplit pas, le monde passe d’une rive à l’autre de ce fleuve du temps sans se laisser chavirer et sans remarquer que le temps déjà a passé. Les alentours bruissent, s’agitent et les senteurs tourbillonnent ensembles pour mieux nous ensorceler. La douceur du sable chaud, l’agressivité des multiples épices, le réconfort faible de l’embrun marin, le musc animal de tout ce qui est vivant et qui encore se meut. Un mélange exotique sans pareil qui laisse à rêver lorsqu’on s’oubli et que les paupières charmées par tant de différences envoutantes se ferment pour nous permettre d’apprécier encore mieux ce sentiment qui s’engouffre et gonfle dans les profondeurs du cristal de vie. Et le monde tourne et nous emporte sans espoir de quitter cette spirale sans fin qui nous donne le tournis. Et toutes les couleurs qui nous entourent se mélangent pour ne nous montrer plus qu’une toile hétéroclite de couleur, de texture. Et dans ce cyclone de ressenti, on ne trouve de réconfort que dans l’animation présente du peuple de ces rives bordées de sable doré. Notre regard peut difficilement se libérer de toutes ses couleurs qui voguent autour de nous. Les autochtones font partie intégrante de ce tableau aux mouvements entrelacés, comme si la mélodie de ce peuple se coulait dans tous leurs gestes, dans cette façon d’être qui crie au monde qu’ils sont unis dans une même vie, dans un même monde, que seul ce pays abrite, que seul ce clan hérite. Et sous nos pieds, les traces de sable soulevé se marquent dans la terre brûlée par le soleil de la journée, traces à moitié effacées d’un passage qu’on aurait pu rêver. Dans ce genre d’endroit, on finit vite par oublier qui l’on est, d’où l’on vient et pourquoi on se trouve encore ici. On se reproche de trop rêver, de trop penser et parfois même de trop oublier. Quand la brume enrobée d’épices et de soleil se dissipe autour de notre esprit encore en partie songeur, on plonge pour retourner se noyer dans la réalité. Pendant quelques heures, on s’est pris à penser que peut être si on le voulait assez fort, le rêve prendrait le pas sur la réalité. J’ai espéré comme tous les autres que jamais je ne me réveillerai et comme ceux avant moi j’ai été désabusé. Tôt ou tard le soleil renaît dans la pâleur du ciel et la fièvre de ces nuits d’orient s’estompe avec les derniers rayons de lune. Comme le naufragé qui se rend compte que son voyage n’a plus d’issue, on se retrouve allongé sur le sable à ne plus savoir en quoi on a osé espérer. L’espoir est un sentiment traître et perfide qui se cache pour mieux grandir et s’évanouir au gré des évènements sans pour autant laisser derrière lui un soupçon de bien être. L’espoir est de ces forces à double tranchant qui lorsqu’elles se brisent, blessent plus qu’elles ne tenaient debout. Mais il n’en est pas moins indispensable à ce que l’homme tient de plus précieux, sa vie. Le fondamental de l’être humain réside encore et toujours dans cette balance délicate de joie et de tristesse qui à chaque instant tangue et penche un peu plus d’un côté ou de l’autre entrainant avec elle le cœur et l’esprit dans les profondeurs abyssales ou la hauteur d’un nirvana factice. Enroulé sur moi-même, abandonné sur une plage de sable fin et chaud, cet horrible sentiment se glisse en moi pour venir tel un serpent siffloter à mon oreille que peut être tout a existé, que la solitude sèche de mon réveil n’est rien comparé à la douceur de la compagnie maintenant perdue. Soupirant, légèrement grognant, il faut se redresser pour faire face et maintenant dans le soleil levant d’une nouvelle journée, je marche. C’est étrange comme tout peut changer lorsque la lumière n’est plus la même, quand l’ambiance s’est laissée modifier par le temps. Le sable ne semble plus avoir la couleur d’avant comme si le soleil le dénaturait, comme si le réel ne valait pas l’imaginaire. Avec le souffle ardent du vent qui me brûle le visage, le doute germe en moi me torturant l’esprit. Comment savoir, comment comprendre un changement si brutal, une réalité ou une autre. Alors sans connaître ma destination, je marche droit devant, sans me retourner, comme pour oublier un rêve chimérique qui n’aurait jamais dû avoir lieu. La destination d’un cœur ou d’un chemin n’est jamais sûre que dans le cheminement sinueux du destin. Le buste bien droit et les épaules légèrement vouté comme pour pencher un peu plus la tête, comme pour se cacher à la face du soleil sans toutefois disparaître. Un pas après l’autre, le sentier se dessine peu à peu sous l’ombre des palmiers. Et une fois les heures de marche qui me séparent du désert accomplies, le charme sauvage de ce pays m’enchante à nouveau. Au dehors de la ville je retrouve une parcelle de ce monde de rêve que j’avais quitté plus tôt. Dans les dessins que trace le vent sur ce sable vierge, j’ai l’impression de retrouver un peu de ce mystère qui ondulait dans tes cheveux. Cette magie sombre et incandescente qui semblait couler dans les mèches d’ébènes qui s’égaraient sur ton front. Il y avait comme un charme sauvage dans ses reflets de soleil fatigué qui parsemaient d’étoiles scintillantes l’obscurité de ton ciel. Tes cheveux, ses fils de nuit qui ondulaient, ils tombaient délicatement sur tes épaules dans le creux de tes reins, cachant, dévoilant par certaines ondulations. On aurait dit la mer noire de l’obsidienne de ton si cher pays. Dans ce sombre océan, j’ai voulu sombrer, m’y perdre pour ne plus jamais recevoir dans la lumière du jour une vérité qui pourrait tout obstruer. Mais j’ai perdu et la course du soleil ne s’est pas arrêter pour moi. Comment les heures ont-elles pu filer aussi vite, j’ai encore l’impression de me trouver dans ce cocon de douceur que ta présence créait. Il faisait déjà nuit quand tu es venue sur les abords de ce désert que craignent tellement les gens de la ville. Masi toi, tu semblais dans ton élément, si naturelle dans l’air aride qui venait lécher ta peau à découvert. Le calme qui se lisait sur ton visage alors que tu faisais face à la désolation du désert pouvait troubler certain mais moi, il me fascinait. Droite et fière devant toute l’horreur que peut provoquer la nature, ton corps ne tremblait pas, ton regard ne vacillait pas et je ne me lassais pas de t’observer ainsi à la dérobé, comme si sans que tu le saches je pouvais voler un peu de cette aura de puissance apaisante que tu produisais. Mais mes yeux ont dû se décoller de ton visage pour ne seraient-ce que pouvoir un peu profiter de ce paysage dont tu faisais partie intégrante. Mais, il y a toujours eu cette force qui tournait inexorablement mon regard sur toi, comme si tu m’avais envouté à l’aide de je ne sais quelle formule magique aux accents veloutés des vents ensablés. De tous temps, les yeux du monde se sont toujours posés sur la beauté pour pouvoir l’examiner sur toutes ces facettes et en apprécier tous les déliés et aspérités. Les courbes sinueuses du désert se retrouvaient dans le creux de tes reins, dans l’avancement fier de ta mâchoire et surtout dans ce petit sourire mutin qui ne te quittait pas tout le temps que mon regard te parcourait. Et dans tous ce qu’il y a de plus brûlant, de plus envoutant, tu étais belle. Je ne sais pourquoi mais avec tout le temps que j’ai passé à t’examiner de mes yeux, je n’ai jamais laissé ces trois mots passer ma bouche. Il y aurait de toute manière eu cette barrière de langue qui aurait empêché ton cœur de comprendre ce que je pensais mais au moins aurais-je pu l’exprimer. Mais le temps a passé et comme tout doit cesser un jour, tu t’es envolée, portée par la brise venant des confins asséchés. J’ai cru pendant un instant voir un esprit du désert danser devant moi et comme tout esprit que tu étais, je t’ai vu disparaître dans la lumière dansant sur la dune. Le soleil a chassé ce petit papillon de nuit que tu étais et moi je suis resté seul assis au bord de ce gouffre envoutant de chaleur. Sans le savoir, tu avais emmené mon cœur rempli de rêve avec toi, comme si en une seule nuit de contemplation tu avais su me montrer tout ce qui se cachait derrière les mystères de ce pays que je cherchais tant à percer. Mais le mystère reste entier, tu ne m’avais donné de réponse que le flou de ton visage dans l’air chauffé à blanc. Une infime partie de ce qui se cache, une infime partie de ce qui se dissimule. Il y aurait tant à découvrir que c’est pour ça qu’on ne peut le connaître. Ce secret qui entoure de son souffle les vallées du Nil. |
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